Quelques jours dans le vent

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This is the french version of A few days in the wind.
Ceci est la version française de A few days in the wind.

Une courte randonnée entre Aix-en-Provence et Toulon, en Provence, France.

Jour 0 – La première étape est de me rendre sur Aix et de rencontrer Mareike (Allemagne). Elle sera mon hôte grâce à Couchsurfing, afin que je sois prêt aux premières heures le lendemain pour grimper en haut de la montagne Sainte Victoire. Du moins, c’est le plan initial. C’est vendredi soir, et après un sympathique repas en compagnie de Vincent (Liban, France), Orianne (Allemagne, France) et Javier (Espagne), les colocataires, nous sortons rencontrer Mariana (Bolivie), Olga (La Réunion), Alex et Claire (France métropole). Evidemment, la soirée est agréable, et évidemment, nous ne nous couchons pas avant 2h du mat’. Mon plan de partir tôt le samedi est presque suivi, si l’on considère que 11h, c’est tôt, non ?

Jour 1 – Je quitte Aix à pieds, ne sachant pas exactement où aller. Je vise la montagne que je vois plus loin, et après environ deux heures à aller vers l’est, je trouve des marques blanche et rouge. Un GR passe par là. Lequel, je l’ignore, mais peu importe car à vue de nez, il se dirige vers là où je souhaite me rendre. Une heure plus tard, me voici aux abords d’un barrage, et la vue est assez impressionnante avec la Sainte Victoire en fond de décor. De là, je récupère un sentier balisé qui serpente jusqu’au sommet, que j’atteins après environ deux heures à marcher dans un vent qui se lève violemment. Me voici au Prieuré à un peu plus de 1000m d’altitude je crois, un ancien lieu de recueil pour moines et pèlerins, aujourd’hui refuge grand format pour les promeneurs. Le bâtiment ouvert au public peut accueillir une vingtaine de dormeurs sur des bancs de bois. Spartiate, mais abrité des éléments. Fin d’après-midi, je suis fatigué et décide d’y passer la nuit.

Je ne suis pas seul… Des promeneurs viennent jusque tard, après la tombée de la nuit, lumière frontale allumée, gros sacs. Vont-ils loin ? Non. Ils viennent du parking, deux heures plus bas, et repartent le lendemain. Les sacs sont plein de nourriture et de boisson. Une famille charmante est là, et après avoir rapidement sympathisé face à l’invasion bruyante, nous partageons le repas. Il est tard et souhaitons à présent nous reposer, mais ce ne sera pas possible. Un groupe décide que le refuge est un lieu festif, que samedi soir n’est pas fait pour dormir, et que l’alcool doit couler. Quelques adolescents sont aussi ici en compagnie d’un éducateur, et tout le monde râle dans son coin sans s’exprimer réellement. Lorsque je sens l’odeur d’un joint dans mes narines, j’interviens. Je rappelle aux perturbateurs qu’ils ne sont pas dans leur jardin, et que fumer des pétards à l’intérieur et en présence d’enfants est loin d’être pertinent. Ils rigolent mais sortent un moment… avant de revenir, plus bruyant encore. Rien à faire, personne ne dormira avant 4 ou 5 heures !

Jour 2 – Après moins de quatre heures d’un mauvais sommeil, je quitte les lieux. Je suis le seul à partir, il doit être autour de 8:15. Je bois rapidement une gorgée, avale une bouchée de pain et m’enfuis. Dehors, le vent souffle plus fort encore que la veille, et je dois marcher sur la crête pendant environ deux heures. Enivré par la vue, la fatigue et le vent, je rate le GR9 qui passe sur la droite, et continue tout droit. Rien d’alarmant, j’arrive seulement de l’autre côté par un autre sentier. Une ferme bien placée me permet de faire le plein d’eau puis je lève le pouce pour me rendre là où j’aurai du être. Nouvelle ascension d’une autre montagne, pour arriver à un autre refuge dont j’ignorais l’existence. En fait je ne sais rien du chemin, à part le point de départ et la direction générale, au sud-est vers la mer. Le reste est sans réelle importance. Me voici donc à Saint Jean quelque chose, où de nombreuses personnes mangent. Ah. Il se trouve qu’un parking accueille les visiteurs 2 minutes plus loin, et je dois bien être le seul à être venu à pieds.

Un drôle de chien traine dans le coin, et plus tard dans la journée quand je me trouve seul, il reste proche de moi. Il me garde ou me surveille ou s’ennui, mais il s’assoit à côté de mon sac quand je récolte du bois pour le feu, me regarde alors que je pisse, et reste près de la porte du refuge quand j’y entre. Une cellule, plus qu’un refuge. Murs et sols en ciment, une ouverture à barreaux sans fenêtre et un petit foyer pour allumer un feu. Je n’ai rien à cuisiner, mais il est un compagnon agréable et un passe temps, alors que le vent souffle toujours à l’extérieur.

Jour 3 – Le chien est toujours là lorsque je sors le lendemain matin. Il n’y a que nous deux ici, et je reprends la route vers la vallée, puis grimpe une autre montagne pour redescendre de l’autre côté dans l’après-midi. J’envisage de dormir par là mais il reste encore plusieurs heures de jour, aussi je continue après avoir récupéré de l’eau dans une auberge en bord de route. Je monte, le vent souffle de plus bel. Il me pousse, me bouscule, me retient et me refroidit dès que je fais une pause de quelques secondes. La vue est magnifique, avec d’un côté la Sainte Victoire tout au fond, et de l’autre la mer qui m’attend (à moins qu’elle n’attende personne en fait, et qu’elle soit belle pour elle-même). Je ne peux dormir là, trop froid et dans le vent, alors je continue jusqu’à atteindre la prochaine vallée. D’après des panneaux que j’ai vu, j’ai marché un peu moins de 30 kilomètres, et il est 19h30 quand je m’arrête pour dormir. En forêt, sous les arbres, par terre, proche du village Signes.

Jour 4 – Le ciel est très sombre, et la dernière montagne que je suis supposé grimper se perd dans la noirceur des nuages. Je préfère ne pas affronter les éléments en montagne, et commence à marcher le long d’une route pour contourner la chose. Au bout d’une heure, je m’ennuie sur le bitume, et lève le pouce pour 10 ou 12 kilomètres, puis marche une ou deux heures avant de décider de changer de plan. Si j’allais sur Toulon directement, à 15km environ, pour ensuite longer la côté vers le golfe de Saint Tropez, où le GR9 est sensé me mener ? Dont acte. Et regret. C’est moche ! La mer est belle, mais la côte est bouffée par des villas, hôtels, restaurants et parcs privés. Toutes ces barrières me sapent la motivation, et je termine ici ma marche. La seule photo que je pense à prendre de la côte se fait depuis la fenêtre d’un train.

Globalement, je garde un bon sentiment. Je ne voulais battre aucun record mais je pense avoir dépassé mes limites en marchant deux fois plus rapidement qu’escompté, sans douleur ou gène majeure, avec un sac pesant dans les 8 kilogrammes eau et nourriture incluses. Je n’ai pas pu marcher pieds nus, les chemins étant composés principalement de caillasses bien agressives, mais les sandales m’ont réellement suffit. Aller ainsi est complètement faisable, au lieu de chausser des grosses godasses. Je sens que mes chevilles, genoux, hanches sont beaucoup plus forts maintenant, et si je dérape sur une pierre comme je peux le faire avec des chaussures « normales », je suis en capacité de stabiliser très facilement. Marcher nu-pieds au quotidien est un entrainement impressionnant d’efficacité, et je peux constater à quel point ma proprioception s’est améliorée depuis.

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