De la Laponie à l’Anatolie, 4/7 : nord

Montagne sur Gimsoy, île des Lofoten.

Cet article est la version française de From Lapland to Anatolia, 4/7 : north.

This is the french version of From Lapland to Anatolia, 4/7 : north.

Bergen m’accueille avec une tempête de neige. D’après ce que je comprends, c’est assez exceptionnel, Bergen une ville étant reconnue pour ses nombreux jours de pluie, mais pas pour sa neige. Je me sens très bien ainsi, et me dirige chez Noémi, une française qui accepte de m’héberger une ou deux nuits, via le réseau CouchSurfing. J’en profite pour faire de la grimpette dans les collines environnantes pour apprécier une vue impressionnante sur la baie.

Je quitte ensuite la ville, le pouce en l’air direction le nord. C’est peu engageant, il fait froid et les voitures ne s’arrêtent pas avant un long moment. Puis soudain, tout s’accélère. Un véhicule me mène jusqu’au premier des nombreux ferrys qui parsèment la route, et sur le pont, je demande aux autres conducteurs s’ils veulent bien m’embarquer, et ça marche terriblement bien ! C’est ici la terre des fjords, et malgré le climat et les jours qui ne durent que quelques heures, je dors dehors à plusieurs reprises, simplement pour apprécier mon environnement et admirer le magnifique ciel de nuit. Une semaine plus tard, j’arrive à Trondheim, où je retrouve Noémi ainsi que deux étudiants espagnols. Ensemble, nous roulons une demi-heure en bus puis marchons plus de deux heures dans la neige, afin d’atteindre une cabane en bois accolée à un lac gelé.

Le lieu est magique, parfait ! Ni eau, ni électricité, ni sons de la civilisation. Nous rencontrons d’autres étudiants, tous inscrits au programme Erasmus, de la Corée au Portugal : Woo Seung Lee, Jajin Lee, Jeroen, Antones, Adrian, Emiel, Sam… Cette cabane est réservée aux étudiants, et je suis un invité. Le plan est de passer une nuit puis de repartir, mais je demande si je peux rester un peu. Si personne ne vient et ne me demande de partir, aucun problème, il me suffira de fermer les cadenas en partant. Excellent ! Je dois couper du bois mort et faire bouillir de la neige sur le poële pour boire, et je mange de patates et du fromage cuit aux braises. Je suis seule à présent. Le réveillon de Noël se passe en compagnie de trois souris curieuses qui courent un peu partout. Je joue à pousser des troncs entier sur la glace… Je m’essaye à la pêche après avoir creuser un trou à la hache pendant plus de trois heures, en vain… Je marche, apprends quelques poèmes, et apprécie chaque minute. Lorsqu’un jour je sens l’ennui poindre, je rajuste mon sac et m’en vais vers d’autres horizons. Je reste au total huit jours et huit nuits, une expérience que je ne suis pas prêt d’oublier.

Retour à Trondheim, et c’est l’heure de m’offrir mon cadeau : un tour à bord de l’Hurtigruten, un navire de plaisance qui parcours toute la côte norvégienne, depuis le sud jusqu’aux abords de la Russie. Je m’arrête avant, ne restant à bord que pour 25 heures, jusqu’aux îles Lofoten. En chemin, nous passerons la ligne du cercle polaire, et je verrais mon dernier coucher de soleil avant plusieurs semaines. Entre deux fjords, la lune se cache derrière une montagne enneigée et l’illumine doucement, tandis que les nuages se déplacent lentement pendant qu’un musicien fait pleurer son saxophone. L’instant est parfait, et le devient encore plus lorsque le paquebot fait sonner son cors : une aurore boréale s’amuse à repeindre le ciel en vert.

A Bodo, juste en face des îles, je rencontre Ashild, une femme à qui je demande mon chemin dans une rue. Après quelques échanges, elle comprend mon histoire et refuse que je dorme dehors, mais ne peut pas m’héberger ce soir : c’est le 31 décembre et elle a fort à faire. Elle appelle sa fille, Aurora (!), et elles insistent pour me donner quelque chose pour compenser leur lacunes hospitalières. Elles en viennent à « m’obliger » à accepter une chambre dans l’auberge de jeunesse locale. J’accepte humblement, c’est un cadeau rare ! Ce n’est pas terminé, car je les accompagne avec toute la famille le soir dans les rues, où environ 2000 personnes marchent avec un flambeau à la main. Elles se rassemblent dans un parc, où suivent discours du maire, feu d’artifice, et bienvenue en 2013. Je m’en vais à l’auberge, où je sympathise avec Alan, un chinois. Nous prendrons le même bateau demain pour aller sur les îles Lofoten, avant de nous séparer.

Je commence à marcher, il fait nuit, je n’y vois presque rien et j’ignore où je veux aller. Je me contente donc de poser un pieds devant l’autre. Après trois nuits, je demande de l’eau auprès d’une maisonnette car tout est gelé et il est difficile de trouver de quoi boire. La femme qui ouvre la porte m’invite à dormir dans son petit atelier de poterie et m’apporte un panier de nourriture. Le matin suivant, j’insiste pour couper le bois de chauffage de Ingrid et sa jeune fille Var. J’en profite pour exposer mes voeux : ce coin du monde est magnifique, et je cherche à rester quelques temps, dans une ferme ou autre. Elle ne peut m’aider, mais promet d’appeler certains de ses amis, sans grand espoir, car nous sommes en plein hiver.

L’aventure continue à travers les Lofoten, avec un temps qui se dégrade de plus en plus. Il pleut deux jours, et je me retrouve à l’abri sous un garage, où je demande si je peux rester le temps que ça se calme. Ce n’est pas parti pour se calmer, me dit-on. Le garagiste me conduit à un cloître non loin, qui pourrait peut-être m’accueillir. Hum, pourquoi pas… J’y rencontre un moine polonais qui ne parle ni anglais ni français, et je ne parle pas norvégien. Avec trois mots et deux mains, il accepte de me loger mais ce n’est pas gratuit. A cause de l’état du ciel et de l’heure avancée, j’acquiesce, et me retrouve dans une toute petite chambre de moine. Au moins, c’est sec et chauffé. Le lendemain, il m’invite à le suivre. Un troisième type est là. Originaire du Rwanda, il parle anglais et français. Ainsi, je communique avec un moine polonais grace à un traducteur rwandais, et ceci en Norvège. Soit ! Finalement, je suis le bienvenue pendant trois jours, logé et nourri (le moine est allé faire des courses pour moi : pâtes, sauces, pain, confiture…) sans frais, mais ensuite je dois partir car à cette époque les lieux d’accueil sont sensé être fermés. En effet, je suis seul alors que je compte une douzaine de chambres.

Le troisième jour, alors que mon téléphone (qui me sert essentiellement d’appareil photo et lecteur de musique) ne sonne pratiquement jamais, Ingrid m’annonce que le seul golf des îles Lofoten a éventuellement besoin d’un coup de main quelques jours, pas pour le golf fermé en cette saison, mais pour la ferme attenante. J’y cours !

Bienvenue à Hov. Frode et Lene, un couple de 30-40 ans, ainsi que Ummi et Inge, mère et beau-père de Frode, vivent ici. Avec quelques chevaux, qui été comme hiver, ont besoin de soin et de nourriture. Mon boulot n’est cependant pas de m’occuper d’eux. Avant ici se trouvait une installation pour vaches laitières. Mon boulot, c’est de casser tout ça, afin d’installer les chevaux plus confortablement. Mes outils : une masse, une pelle et une brouette.

J’aime particulièrement cet endroit. Je suis logé dans une maison vide qui abrite les travailleurs en été. Toute la journée, je suis seul, et je ne rencontre Frode ou Lene qu’une ou deux heures par jour, pas tous les jours, afin d’avoir de nouvelles instructions. Lentement, nous tissons des liens. Après une semaine, ils m’invitent à rester une semaine de plus. Le chantier est massif, il s’agit de casser et déplacer des tonnes de béton et de ferraille. Naturellement, je commence à m’occuper des chevaux : nettoyer la merde, brosser les bestioles, changer l’eau… L’hiver est bien là, et moi aussi. Jour après jour, le temps s’écoule, et je profite des lieux pour marcher la nuit sur la plage proche d’où j’admire les aurores boréales. Après un temps, je compte les jours. 69. Soixante neuf !? Du 9 janvier au 17 mars. Il est temps de reprendre la route.

Je vais plus au nord encore où j’arrive à Tromso. Dans cette ville et aux alentours, beaucoup de choses sont qualifiées de « le plus au nord du monde ». J’y rencontre ainsi la famille espérantiste la plus au nord du monde. Il me faut bien l’admettre, je suis nerveux à cette l’idée car très incertain de mon niveau linguistique, ayant appris la langue de Zamenhof seulement avec des livres et internet. Excellente surprise, car après une première rencontre, je suis capable de comprendre la discussion, même si je ne peux pas m’exprimer comme je le voudrais. Le père est français, la mère russe, leur fille norvégienne. L’esperanto est la langue du quotidien à la maison, et ainsi la langue maternelle de la fille. A 13 ans, elle parle couramment esperanto, norvégien, anglais, français, russe, et apprend l’espagnol et l’allemand à l’école. Selon eux, il n’existe aucune raison logique de ne pas apprendre l’esperanto comme outil de communication. C’est simple, amusant comme un puzzle, efficace, neutre et équitable. Si ce n’est pas plus répandu, c’est uniquement à cause de la peur, de l’ignorance et d’une absence de volonté politique et surtout économique : les pays anglophones ont tout à gagner à ce que l’anglais reste la langue pseudo-internationale. J’écrirais un article sur l’esperanto plus tard.

Je ne peux pas vraiment aller plus au nord à cause de la saison, et je me fiche pas mal du « Cap Nord », qui n’est pas vraiment le cap nord mais un lieu bétonné, d’hotels et de restaurants à un prix spécial touristes… Je rencontre un gars via Couchsurfing, et un autre dans la rue que j’avais repéré dans le ferry. Il ressemblait à « moi », 10 ans plus jeune. Alors que je le salue, nous constatons notre origine française commune. Auguste se rend à Kautokeino, au milieu de la Laponie, où se tient dans quelques jours le festival annuel Samii. Il y sera volontaire pour aider l’organisation, et m’invite à m’inscrire si ce n’est pas trop tard. Pas de réponse à mon email, mais j’y vais tout de même. Alors que je croise le regard d’une personne visiblement responsable du festival, je sors un « salut, je suis volontaire ». Sans autre formalité, me voici heureux détenteur d’un badge, et je rejoins une petite troupe composée d’une vingtaine d’étudiants de 18 à 21 ans. Nous nous amuserons beaucoup ensemble ! Je rencontre aussi « The A-Team » (nom américain de l’Agence Tous Risques) : Adèle, Aliona, Adam, et Auguste. Après les quatre jours de festival, je reste dans les environs et crées des liens avec l’entourage des Juhls.

Les Juhls ont construis ici le premier atelier de bijoux d’argent de la Laponie norvégienne. Le bâtiment est fait « à la main », pièce après pièce au fil des ans. D’atelier et logement, il est devenu un musée, une exposition, dédiée aux nomades du monde entier et à leurs arts. Ann-Sophie, Kaiza et Meri m’hébergent une semaine supplémentaire. J’apprécie le temps passer ici et lors d’une petite excursion en solitaire, je dors dans un trou dans la neige. J’apprends un peu plus tard qu’il a fait -28C tout de même. Vient le temps de fêter mes 33 ans, en compagnie de Ann-Sophie et Ann-Irene. Je déguste mon gâteau d’anniversaire : un cookie avec une allumette plantée dedans.

Depuis novembre, je vis dans un hiver assez rigoureux, et commence à m’en lasser. Je vais vers le sud, en pouce vers la Finlande. Je me sens totalement vide, aucune motivation pour rien. J’ai juste envie de marcher à nouveau et de voir des paysages neufs. Je ne m’arrête pas en Finlande, que je traverse en train. Un petit ferry me mène ensuite à Tallin, en Estonie. C’est toujours l’hiver ici, mais le printemps fait une percé et se bat vigoureusement.

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