De l’autre côté du lac : retour en Turquie

Un pont.

Cet article est la version française de « Behind the lake » : http://vagabondance.net/20140131/behind-the-lake/

Les enfants bousculent le plus gros chien du village, avec l’intention affichée de me faire peur. Il m’en faut un peu plus pour être impressionné, mais il en va différemment pour le minuscule gamin qui suit le groupe. Il pleure quand l’animal commence à aboyer. Afin de calmer le jeu et de tester mon public, je m’approche du toutou et le caresse doucement. Les gosses sont excités, crient et se lancent des boules de neige. Je viens de gagner leur sympathie, et ils seront mes guides pour faire le tour de ce village perché à 2300m d’altitude. Où ? Gölardi, qui signifie « de l’autre côté du lac ».

Je suis de retour en Turquie pour deux trop courtes semaines, où je retrouve ma chère amie Esin. Médecin généraliste, elle est parfois appelée à se rendre dans des villages isolés dans les montagnes de Van, et ce jour-là elle me propose d’accompagner son équipe. Pendant qu’ils s’affairent en consultations, je sors et rencontre les maitres des lieux, une bande de gamins souriants et curieux. Après seulement deux heures, c’est terminé. Les habitants vivent peut-être dans des maisons de terre mais ils sont habitués à se rendre en ville, et la visite médicale est aujourd’hui pratiquement inutile. Après un traditionnel « çay » (thé) et un repas, il est l’heure de partir.

Quelques jours plus tard, alors que nous sommes en route pour voir une cascade glacée, nous nous arrêtons sur les rives du lac. Il fait assez froid, la neige couvre le paysage de son charmant manteau cotonneux, et j’ai bien envie de… sauter dans l’eau ! L’expérience est mitigée, j’ai trop froid pour trouver le courage de plonger totalement, et je garde ma tête au sec. Retour à la voiture, direction la chute de Muradiye. L’eau se bat pour trouver un chemin à travers le glace, et le spectacle est givrant. La rivière perce ensuite le terrain pour former un petit canyon et arrive sous un pont quelques kilomètres plus bas. Au printemps, le courant est terrible, dit-on, d’où le nom du lieu : le pont du diable.

Les jours passent, rien ne les arrêtent. Je rencontre à nouveau certains des amis d’Esin, dont Barnu et Farshid, avec qui j’ai passé quelques bons jours cinq mois plus tôt. Tous les quatre, nous décidons d’aller à Diyarbakir, à 350km de Van. C’est une ville ancienne, et une partie des fortifications sont toujours debout. Nous sommes hébergés par Hasan, qui connait très bien la ville et ses habitants. Malgré la météo fortement humide et fraiche, voir glaciale, nous visitons tout ce que nous pouvons. Les murs extérieurs et intérieurs, quelques mosquées, une ancienne prison dont l’accès nous est refusée, une poignée d’églises catholiques, et surtout, nous passons beaucoup de temps à arpenter les ruelles, véritables labyrinthes aux milles trésors. Elles peuvent sembler vieilles, sales, petites, tristes, mais derrière chaque porte se trouve une surprise.

Là, un homme distille son propre vin. Ici, nous buvons du café en compagnie de la dernière famille arménienne de la ville. La porte suivante ouvre sur un musée dédié à un poète, et la prochaine rue abrite un centre culturel. L’endroit est paisible, très calme, chaleureux. Nous attendons en buvant du çay. Nous attendons les anciens. Ils arrivent enfin, prennent place, se saluent. L’un d’eux commence à battre un rythme effréné sur un tambour, puis use de sa voix. Plus tard, on gratte des cordes. Aucun de mes compagnons ne comprends les paroles. Ils chantent dans un dialecte kurde, et selon la tradition, ils doivent raconter les histoires de leur vie. Je n’ai pas besoin de comprendre pour être charmé.

Nous passons aussi notre temps à ne rien faire, à profiter simplement de l’instant, assis autour d’une table à boire le çay, café, bière, raki, vin, selon l’humeur du moment. Je redécouvre aussi le « Kahvalti », le déjeuner typique servit dans certains restaurants de la ville. Je mange et bois également d’autres « trucs » dont j’ignore tout ou presque des ingrédients : la bouffe de rue, celle que les guides touristiques recommandent fortement de pas goûter.

D’après le site officiel du gouvernement français, toute la région du sud-est de la Turquie est fortement déconseillée, sauf raison impérative. Ma raison d’être ici aujourd’hui est bien au delà de l’impératif.

Les jours passent, rien ne les arrêtent. Je dois partir, encore. Pour mieux revenir ?

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