De la Laponie à l’Anatolie, 2/7 : France

Pont sur la Loire.

France

Un peu avant l’aube de ce beau matin du 19 juillet 2012, je place mon sac sur mon dos, et fais mes premiers pas. La veille je recevais le colis que j’attendais, avec un tapis de sol et un sac étanche. Pas grand chose, mais c’est tout ce qu’il manquait à ma panoplie. Les premiers jours, je vise le Mont Ventoux en longeant les bords de routes et sentiers que je connais un peu : j’ai passé les 18 premières années de mon existence dans la région. Lors de l’ascension, je trouve ce que je cherchais : le GR4, un sentier qui traverse le pays et doit me mener sur la façade Atlantique. Malgré la saison, je ne croise que de très rares randonneurs, essentiellement des personnes âgés qui partent visiblement pour la journée seule. Certains n’ont même pas d’eau, en ce lieu et en ces jours, c’est de l’inconscience.

Après une dizaine de jours, je fais un détour par la Lozère, où j’ai vécu un an, pour voir si mes collègues sont toujours dans le coin. Ils y sont, et je reste quelques jours logés dans la caravane de l’un d’eux. Le luxe ! Puis un couple d’amis bretons s’organise pour me rejoindre. En mêlant nos trois cerveaux, dans les gorges de l’Allier, une idée germe : pourquoi ne pas descendre en bateau, jusqu’à la Loire puis l’Atlantique ? Il me faudra trois jours d’investigation pour dénicher un vieux canoë, une rame, un gilet et un plan de la rivière pour 120 euros. L’Allier est très calme une fois sortie des gorges, et en dehors de quelques rapides, c’est avec douceur que je navigue une semaine, jusqu’à la Loire. Là, je constate ma frustration : difficile de voir tous les sites historiques et culturels depuis mon embarcation, et la météo commence à changer. J’ai envie de marcher. Une chance magistrale : je débarque pour m’informer, comment me débarrasser du canoë. Une demie heure plus tard, il est revendu 100 euros à une loueur qui veut simplement participer à mon aventure à sa manière ! Un pas après un autre, j’arrive finalement dans l’océan. Je dis bien « dans » car pour marquer le coup, j’ai marché jusqu’à avoir de l’eau jusqu’aux chevilles, après 54 jours à pieds et à bras.

Je me joins à l’association La Paix en Marche / Gandhi International, qui organise un mouvement non-violent, pour la souveraineté alimentaire et le droit à la terre, en soutien aux paysans sans terre en Inde. Pendant 28 jours, nous allons marcher jusqu’à Paris, semant rencontres et conférences sur le chemin, pour donner une visibilité médiatique à une action passablement méconnue en France. Nous ne sommes pas nombreux, entre 20 et 200 selon les étapes, et seules 9 personnes font la marche dans son intégralité. Pourtant, ce qui compte essentiellement, est que chacun participe à hauteur de ses possibilités. Si tout le monde en faisait autant… Une fois le groupe éparpillé, je reste quelques jours en excellente compagnie, grâce à des personnes rencontrées lors de cette marche. Puis de la capitale, je fais un détour pour visiter une autre amie, partenaire elle aussi de la marche. Enfin, après une halte à Lille où je passe un peu de temps avec des être chers comme on dit, direction la Belgique. J’envisage de longer la Mer du Nord à pieds. D’après quelques images que j’ai vu, c’est beau. Le calendrier indique maintenant novembre, et les températures ne l’ont pas oublié.

Je constate qu’en partant seul, j’ai très souvent été accompagné, ou du moins, en compagnie. Je n’ai pas passé plus de quelques jours sans voir des amis, ou sans faire de rencontres. Ce constat perdura-t-il ensuite, une fois quitté les régions et les langues connues ?

A suivre : de la Laponie à l’Anatolie, 3/7 : Prince Yvonne

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